Cinquiesme.—Ceci rappelle l’épitaphe de Pépin le Bref: «Ci-gît Pépin, père de 원주치과 Charlemagne»; et cette autre inscription gravée sur le socle d’une statue de Louis XIV à Pau: «Celuy cy est le petit-fils de nostre bon roy Henry».

15, Décédé.—En 1509. Le duc de Suffolk était de la maison rivale de Lancastre et Henry VII, malgré de très grands services rendus, le redoutait. Le duc, averti des mauvaises dispositions du roi à son égard, s’était réfugié en Flandre; et, lors d’une traversée de Flandre en Espagne, Dom Philippe ayant été contraint de relâcher en Angleterre, Henry VII ne le laissa se rembarquer qu’après qu’il eut livré le duc de Suffolk, sous promesse, il est vrai, d’épargner sa vie, engagement qu’il tint ainsi qu’il est rapporté ici. Du Bellay, I.—Durant cette guerre civile, dite des Deux Roses, qui désola l’Angleterre aux XVe et XVIe siècles, causée par la rivalité des maisons de Lancastre et d’York se disputant le trône, les partisans du duc d’York avaient adopté une rose blanche comme signe de ralliement, les Lancastre une rose rouge.—Dans cette déloyale manière de faire, Henry VII avait eu un précurseur dans David qui, aux approches de sa fin, donna ordre à Salomon, son fils, «de ne pas laisser les cheveux blancs ni de Joab ni de Séméï descendre en paix dans le séjour des morts». Joab avait, malgré ses recommandations, tué Absalon son fils, qui s’était révolté; Séméï l’avait insulté, tandis qu’il fuyait devant ce même Absalon, et il lui avait promis la vie sauve (Xe siècle). Livre des Rois, I, 2.

19, D’Aiguemond.—En 1568. Les comtes de Horn et d’Egmont, tous deux de la plus haute noblesse des Pays-Bas alors sous la domination de l’Espagne, avaient, dans les rangs de l’armée espagnole, puissamment contribué aux victoires de Saint-Quentin et de Gravelines. Lors des troubles qui éclatèrent peu après dans leur patrie pour secouer le joug de l’étranger, d’Egmont étant entré en relations avec Guillaume d’Orange et les confédérés, le duc d’Albe, gouverneur des Pays-Bas pour le roi d’Espagne Philippe II, le fit arrêter, et avec lui de Horn son ami, dont la connivence était moins prouvée, et après neuf mois de détention, les fit décapiter; leur véritable crime était d’appartenir à la religion réformée.—Cet épisode a fait le sujet d’un drame de Gœthe, plein d’émotion et d’intérêt; et plus récemment en France d’une tragédie: Patrie! de Victorien Sardou, depuis mis en opéra.

27, Puissance.—Saint Bernard dit que «l’homme est si peu d’accord avec lui-même, qu’on ne peut bien juger de ses actions par ses intentions, ni de celles-ci par celles-là».

56,
4, Enfans.—Au XIIe siècle. L’architecte n’est pas nommé par Hérodote (II, 121); le roi s’appelait Rhampsinit ou Rhamsès et passait pour posséder des trésors incalculables. Abusant du secret que leur avait livré leur père, les deux fils de cet architecte puisaient dans ces trésors; s’étant aperçu qu’on le volait, le roi dressa un piège dans lequel donna l’un de ses voleurs qui, se voyant pris, en avertit son frère, l’avisant de lui couper la tête et de l’emporter, pour qu’on ne le reconnût pas.

F.285 9, Leur.—C.-à-d. ils doivent faire de plus grands sacrifices personnels et ne pas se borner à une réparation qui de fait ne leur coûte rien.

CHAPITRE VIII.
58,
10, Habitat.—Montaigne a traduit ce vers avant de le citer.

16, Meshuy.—Désormais. Meshuy est mis pour mais huy, du latin magis hodie, au delà d’aujourd’huy.

24, Mesmes.—C’est l’idée qui a donné naissance aux Essais. La date à laquelle cette idée a éclos se trouve déterminée par ce passage du début du dernier chapitre du second livre: «Je me suis envieilli de sept ou huit ans depuis que ie commençay»... Comme ce livre terminait la première édition de l’ouvrage, dont l’Avis au lecteur est daté du 1er mai 1580, on est conduit à penser qu’il a été commencé en 1571. C’est au surplus ce que corrobore une inscription de la bibliothèque de l’auteur qui porte qu’au jour anniversaire de ses trente-huit ans, le 28 février 1571, las de toute servitude, il s’est réfugié dans l’intimité des vierges du Parnasse.

CHAPITRE IX.
25, Mémoire.—Add. de 80 et 88: que moy.

30, Réputation.—Add. de 80: I’en pourrois faire des contes merueilleux, mais pour ceste heure il vaut mieus suyure mon theme.

32, Déesse.—Platon, dans Critias.

34, Mienne.—Montaigne se plaint encore de sa mémoire au chap. XVII du second livre. Malebranche et quelques autres l’accusent d’avoir prétendu faussement n’en pas avoir; ils en donnent pour preuve ses nombreuses citations. Mais outre qu’elles ne sont pas toujours exactes et qu’il lui arrive de se contredire, ceux qui ont écrit savent qu’il ne faut pas beaucoup de mémoire pour citer, et citer souvent: «à faute de memoire naturelle, i’en forge de papier», dit-il, liv. XLIII; là est tout le secret. Le Clerc.

60,
35, Arrouté.—C.-à-d. une fois qu’on est en train.

36, Pertinents.—C.-à-d. les gens habiles, qui ont du tact.

62,
5, Ancien.—Cet ancien, c’est Cicéron qui, dans sa défense de Ligarius, ch. XII, dit à César: «Jamais tu n’oublies, si ce n’est les injures».

6, Protocole.—V. N. II, 402, Protocole.

7, Athéniens.—En 499. Les Athéniens, soutenant les Ioniens révoltés contre les Perses, s’étaient emparés de Sardes, chef-lieu d’une des satrapies (gouvernements) de leur empire, et l’avaient brûlée. Hérodote, V.

12, Menteur.—«Il faut qu’un menteur ait de la mémoire». Apulée.

13, Grammairiens.—En particulier Nigidius dans Aulu-Gelle, XI, et Nonius, V; Montaigne ne fait ici que traduire ce dernier. Le Clerc.

19, Tout.—Cette locution «marc et tout» n’est pas claire, bien que la pensée le soit. Elle semble vouloir dire: principal et accessoires, ce que confirme ce passage du ch. XVII du liv. II (II, 464), où Montaigne dit: «Ie ne conseille non plus aux dames d’appeler honneur leur deuoir... leur deuoir est le marc, leur honneur n’est que l’escorce.»

64,
1, Art.—Ce mot est d’emploi fréquent dans les Essais, et, sauf dans deux ou trois passages, toujours au féminin.

7, Vice.—Homère, dans l’Iliade, fait dire à Achille: «Je hais, à l’égal des portes de l’enfer, celui qui pense d’une façon et parle d’une autre».—Il est à regretter que nous n’ayons, en bon français, qu’un seul mot pour F.286 qualifier toute altération de la vérité sciemment faite, qu’elle ait lieu ou non avec le désir ou la volonté de nuire. Dans le premier cas, elle est réellement coupable et mérite toute réprobation; dans le second au contraire, elle s’impose parfois, quand elle a pour objet d’éviter à quelqu’un une déception, une désillusion, un chagrin; elle est excusable, lorsqu’elle n’a d’autre but que de plaisanter, ou de donner plus de piquant à un récit fait uniquement pour divertir. Menterie (mensonge léger, sans conséquence), employé par atténuation dans le style familier, est lui-même un terme éveillant toujours à l’égard du propos auquel il s’applique quelque idée de blâme ou de critique. Ces distinctions, dans l’altération volontaire de la vérité suivant l’intention, faisaient dire à Voltaire: «Le mensonge n’est un vice que lorsqu’il fait du mal; c’est une grande vertu quand il fait du bien». Elles sont admises des théologiens et sont l’origine de ces restrictions mentales qui créent des excuses à qui est ainsi amené à mentir, restrictions que certains, auxquels le reproche en est souvent fait, ont érigées en système.—Quelque chose d’analogue se produit pour la délation et l’espionnage, qui emportent constamment une idée de réprobation parce que nous n’avons pas de mots distincts pour la désignation de faits de ces caractères, soit qu’ils constituent des actes justifiant la réprobation publique, soit qu’ils témoignent au contraire de la plus haute vertu. Commettent en effet tous deux de la délation l’être méprisable qui, dans un but d’intérêt personnel ou pour lui porter préjudice, dénonce son prochain sans nécessité, et l’homme de cœur qui signale des crimes qui sans lui échapperaient à la vindicte de la société, ou de belles actions qui, sans son intervention, demeureraient inconnues; de même tous deux font de l’espionnage, le traître qui vend à l’ennemi les secrets de sa patrie, et le héros qui expose sa vie pour surprendre ceux de l’adversaire et en faire profiter les siens.—Ce sont là des lacunes regrettables de notre langue.

26, Blanc.—C.-à-d. détournent du but. Expression qui vient de ce que les buts sur lesquels on tirait, et on tire encore en certains pays de France, à l’arc et à l’arbalète, sont constitués par des cercles peints en blanc.

29, Pere.—Saint Augustin.

31, Vice.—Passage de Pline, Hist. nat., VII, 1, que Montaigne a modifié pour mieux l’adapter à sa thèse; l’auteur latin dit: «alieno pene non sit (ne sont presque point)».

66,
1, Rouet.—Mettre au rouet, c’est fermer la bouche à quelqu’un, lui ôter le moyen de répondre, l’embarrasser.

12, Niepce.—Cette princesse, peu après cet épisode, épousa en effet le duc de Milan, et, postérieurement, le duc de Lorraine François II.

14, Interest.—Signifie ici dommage, préjudice. Ce mot se prend encore aujourd’hui dans ce sens, quand en langage juridique on dit de quelqu’un qu’il est «condamné aux dépens, dommages et intérêts».

41, François.—En 1534, l’incident Merveille s’était produit l’année précédente. Du Bellay, IV.—Ainsi que permettent de le constater les portraits de ce prince, le roi François Ier avait le nez d’une longueur peu ordinaire.

68,
7, Vie.—En 1513. Erasme, IV. Le roi d’Angleterre était Henry VIII; le roi de France Louis XII et non François Ier qui ne monta sur le trône qu’en 1515, après la mort de Jules II survenue l’année où le fait en question s’est passé.

CHAPITRE X.
8, Données.—Ce vers est de la Boétie.

10, Boutehors.—Présence d’esprit ou faculté d’exprimer plus ou moins facilement et sur-le-champ sa pensée.

F.287 14, Beau.—Il existe, datant du XVIe siècle, un livre espagnol, traitant de la gymnastique, à l’usage du beau sexe.

22, Lice.—Le poète Accius, auquel on demandait pourquoi il ne plaidait pas, lui qui réussissait si bien au théâtre, répondait: «Dans mes tragédies, je dis tout ce qui me plaît; à la barre, je serais obligé d’entendre tout ce que je ne voudrais pas.»—Bayle, qui donne cette réponse, dit qu’il connaît un homme d’esprit qui eut recours à cette raison pour détourner son fils de la jurisprudence et le pousser vers la théologie: «Quoi de plus commode, lui disait-il, que de parler devant des gens qui ne vous contredisent pas? c’est l’avantage des prédicateurs (il pourrait ajouter aujourd’hui et des conférenciers en général, car tout maintenant est matière à conférence, où parfois à la vérité, mais bien exceptionnellement, la controverse est admise); et quoi de plus incommode que d’être obligé d’entendre, dès que vous avez parlé, quelqu’un vous réfuter, en passant au crible tout ce que vous avez dit? ce qui est la condition de l’avocat.» Il faut convenir du reste que beaucoup de ceux-ci se soucient fort peu de ces réfutations qu’ils n’écoutent pas toujours, comme font en particulier nos parlementaires qui, n’ayant souvent ni compétence ni conviction, ne parlent que pour donner des gages à leur parti, signe de vie à leurs électeurs, prononçant des discours fréquemment vides de sens auxquels personne ne prête attention, chacun ayant, la plupart du temps, son siège fait à l’avance. G. M.

25, Marseille.—Clément VII et François Ier, en 1533. Le pape, venu par mer, séjourna un mois entier à Marseille; cette entrevue avait pour objet une entente contre l’empereur Charles-Quint; l’accord fut scellé par les fiançailles de Catherine de Médicis, duchesse d’Urbin, nièce du pape, qui l’avait amenée avec lui, avec le second fils du roi, depuis Henri II. Du Bellay, IV.

70,
7, Prescheurs.—On naît orateur, tandis qu’on devient prédicateur; et ce qui est don de nature prévaut toujours.

7, France.—«Les Français, dit Stern (et Arthur Young est du même avis), conçoivent mieux qu’ils ne combinent.»

12, Cassius.—Orateur célèbre du temps d’Auguste, que son humeur satirique finit par faire bannir. Il se distinguait par la violence de ses écrits et de ses discours, ne gardant aucune mesure, aucune décence dans l’expression, et, dans l’ardeur de frapper ses adversaires, querellait plus qu’il ne combattait. Sénèque le Rhéteur, III. (V. II, 50, et N. II, 72: Fil).

13, Pense.—On en disait autant de Cazalis, député de la noblesse aux États généraux de 1789.

21, Part.—Le même reproche de «sentir l’huile» fut fait à Démosthène par Pythéas, autre orateur, critiquant par là en lui la préparation excessive de ses discours, ce qui ne l’empêchait pas d’être le premier orateur de son temps et peut-être de tous les temps.—«L’improvisation ne s’improvise pas; il faut une longue préparation et des méditations approfondies pour parler d’abondance.»

31, Fortuites.—C’était le cas de Mirabeau, le grand orateur de ces mêmes États généraux de 1789; la contradiction l’enflammait. Au début ses vues étaient confuses, sa parole entrecoupée, mais, peu à peu, avec la discussion et les interruptions, la lumière se faisait dans son esprit, ses expressions se précisaient, s’accentuaient, et son génie oratoire et politique se faisait jour et s’imposait.

72,
8, Iour.—C.-à-d. le hasard m’en offrira le sens.

F.288
CHAPITRE XI.
10, Piece.—Dès longtemps, comme portent certaines éditions; c’est un italianisme, un buon pezzo, dit-on en italien; ailleurs Montaigne écrit pieça.

11, Credit.—«Notre ignorance générale des causes premières nous interdit toute prédiction. La plupart du temps ce ne sont que des hypothèses basées sur des analogies, et ne devraient se borner qu’à un avenir fort rapproché; toujours elles sont de réussite assez douteuse. Les prédictions des rêveurs que rien n’autorise, se confirment parfois, mais ce n’est que par hasard; combien infinie la quantité d’autres, émanant de même source, qui ne se réalisent pas et dont personne ne parle!» G. Lebon.

14, Delphis.—Delphes était regardée par l’antiquité grecque comme une ville sainte; on la tenait comme occupant le centre de la terre; son temple d’Apollon et les oracles qui s’y rendaient étaient en grande vénération. Toujours obscurs et ambigus, ces oracles étaient rendus par la Pythie, prêtresse du dieu, qui, à cet effet, mâchait des feuilles de laurier, arbre qui lui était consacré, et se tenait sur un trépied au-dessus d’une ouverture d’où s’échappaient des vapeurs qui lui communiquaient une certaine exaltation.

24, Abolies.—Les aruspices étaient des sacrificateurs qui révélaient l’avenir par l’inspection des entrailles des victimes; les augures, d’ordre plus relevé, le révélaient d’après le vol, le chant et l’appétit des oiseaux. Les devins émettaient des prédictions, interprétaient les songes, les présages à la façon de nos diseurs de bonne aventure; il en était à peu près de même des oracles, mais rendus en un lieu, dans des formes et au nom d’une divinité déterminée, ils avaient un caractère plus officiel et inspiraient davantage créance.

27, Préoccuper.—Anticiper; ne s’emploie plus dans ce sens dérivé de son étymologie latine.